Rencontre avec Alban Tessier...« à perte de vue »

On présente Alban Tessier comme un sportif aventurier malvoyant visionnaire. Son leitmotiv : Faire de son handicap, une force !

Alban Tessier, atteint d’une rétinite pigmentaire depuis l’âge de 16 ans, a toujours pratiqué une activité sportive, le vélo (sur piste, sur route, en VTT, puis en tandem route et VTT), la marche de randonnée, la marche athlétique, le roller, ou encore l’escalade. Pour lui, le sport est une manière de sortir de sa zone « d’inconfort » et de se prouver que rien, ou presque, n’est impossible : « Par le biais du sport, j’ai compris qu’un déficient visuel peut finalement accomplir beaucoup de choses, à la fois dans la sphère sportive et dans la vie quotidienne. En mettant en place souvent de petites choses – de nouveaux gestes, de nouvelles solutions techniques – on peut aller très loin, et cette certitude donne des ailes ». Alban a d’ailleurs entrepris en 2015 la traversée à pied du salar d’Uyuni en Bolivie, seul et en toute autonomie. « Le sport est un moteur fantastique, qui permet de mieux connaître son corps, de se dépasser et de repousser sans cesse ses propres limites », affirme le sportif, aujourd’hui président de l’association À perte de vue, créée en 1996 par son formateur, collègue, ami et mentor Michel Point, pour sensibiliser à la déficience visuelle et casser les préjugés.

Le sport, un puissant levier de lien social.

Précieuse source de confiance en soi, le sport est également un puissant levier de lien social et d’inclusion. Toutes les disciplines, qu’elles soient collectives ou non, favorisent en effet les échanges, les rencontres et le sentiment d’appartenir à une communauté. Pour les déficients visuels, pratiquer une activité sportive représente une opportunité d’entrer en contact avec d’autres déficients visuels et de partager ainsi leurs expériences, leurs difficultés et leurs réussites. « Échanger avec ses pairs est essentiel à plusieurs niveaux : pour se sentir compris, relativiser sa situation, bénéficier de conseils ou être tiré par le haut par des personnalités inspirantes », souligne Alban Tessier. Mais le sport, lorsqu’il est pratiqué en mixité en binôme, en tandem ou en équipe, est aussi l’occasion de nouer des liens avec des personnes voyantes valides et d’encourager ainsi l’intégration des personnes déficientes visuelles en situation de handicap.

Amener à penser la différence pour une société plus inclusive.

Selon Alban, « aujourd’hui, il est temps de ne plus penser pour les personnes handicapées, de ne plus leur dire ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas faire. Aujourd’hui, il est temps de réfléchir avec elles, à partir de leurs besoins, de leurs envies et dans une démarche inclusive de faire ensemble pour que chacun et chacune prenne sa place dans la société et dans sa vie. »

Aujourd’hui, il faut redonner du pouvoir d’agir aux personnes en situation de handicap.

Alban espère que les jeux paralympiques de Paris 2024 et le plus grand nombre d’heures d’antenne consacré au parasport ouvrent enfin un champ des possibles auprès des personnes en situation de handicap, mais qu’ils concourent aussi à une évolution du regard et des mentalités sur le handicap.

Alban Tessier est l’ambassadeur du nouveau pôle sport créé récemment par la Fondation Valentin Haüy afin de contribuer à rendre la pratique sportive accessible à tous.