J ’ai été sollicitée par la Fondation Valentin Haüy pour présenter la collection de podcasts « pourquoi pas moi ? ». Ce projet met en lumière des déficients visuels et leurs étapes professionnelles malgré les embûches rencontrées pour accéder à la carrière souhaitée. Les thématiques des premiers épisodes portent sur les métiers du numérique et de l’art. Suivront au cours de l’année les métiers manuels, de la santé, de la culture, du droit, de la communication et de l’information. L’animation de ce podcast a une résonance toute particulière pour moi au vu de mon parcours vers le journalisme.
Je suis atteinte d’une maladie génétique, pathologie rétinienne appelée Stargardt depuis l’âge de 13 ans et demi. Je suis malvoyante à 80 %, un handicap invisible de prime abord. Comme toute personne ayant une déficience visuelle, mon parcours n’a pas été linéaire, loin s’en faut. Il y a plusieurs années, l’opportunité m’a été donnée de me présenter à un casting national que j’ai remporté pour intégrer une célèbre émission de débat d’actualité à une heure de grande écoute en tant que chroniqueuse. Cette expérience médiatique m’a permis de gagner mes galons journalistiques comme éditorialiste aussi bien à la radio qu’à la télé (Grandes Gueules RMC, Vraies Voix Sud Radio, CNews, animatrice Cap ou Pas Cap PDAtv). Et j’écris régulièrement des articles pour le magazine de référence Être - Emploi, handicap et prévention*. Pour atteindre mes objectifs, il m’a fallu de la persévérance et de la pugnacité. C’est le lot de la plupart des personnes en situation de handicap. Nous avons en commun la combativité, la résilience et le devoir de sensibilisation.
Briser les stéréotypes et inspirer une nouvelle génération d’actifs déficients visuels.
Le projet « pourquoi pas moi ? » a été initié par Access’Lab qui se mobilise pour sensibiliser d’une part de jeunes déficients visuels et des personnes en reconversion sur des métiers accessibles aux personnes malvoyantes et aveugles et, d’autre part les acteurs publics et les entreprises sur le potentiel des déficients visuels. Professionnellement, pendant très longtemps, et encore récemment, les déficients visuels ont eu des choix restreints tels le standard ou des métiers de soins (la kinésithérapie, le massage bien-être...). À travers des témoignages, l’idée est de dévoiler toutes les facettes de diverses expériences, des freins dans les études à la réussite dans la vie professionnelle, en passant par le regard des autres, la compensation et l’adaptation, les échecs et la résilience. Bien plus qu’une simple collection de podcasts, « pourquoi pas moi ? » est une initiative qui veut briser les stéréotypes pour ouvrir des horizons et inspirer une nouvelle génération d’actifs déficients visuels.
Loreleï, Kevin, Nicolas, Cédric… ils l’ont fait !
Dans le premier épisode sur la thématique du numérique, Loreleï Termeulen, l’une des participantes au podcast a été diagnostiquée handicapée visuelle, il y a trois ans. Elle a eu besoin de prendre « le temps de la réflexion » pour trouver sa voie. Loreleï a eu « des hauts et des bas », ce qui est une réaction humaine. Cette jeune femme a pu se former à distance au numérique avec l’École O’clock. Cette formation lui a apporté de la confiance et elle s’est même remise à cuisiner. Elle, qui travaillait auparavant dans le domaine de la restauration, pensait ne plus en être capable.
Le deuxième interviewé se nomme Kevin Bustamante et travaille également dans le domaine comme référent en accessibilité numérique. Son emploi lui fait prendre la vie du bon côté. Il a « le smile » tous les matins comme il aime à le dire. Le numérique lui a permis d’acquérir de l’autonomie dans sa vie personnelle. L’usage de ces outils évite la fracture numérique : « Il ne faut pas se mettre des barrières. » Dans ce secteur, il y a beaucoup de possibilités : ingénieur, chef de projet, testeur ou développeur… On peut travailler dans de grandes entreprises en freelance ou en distanciel. Dans le cadre de son activité, Kevin se réunit fréquemment avec des équipes valides pour améliorer la vie des déficients visuels. Pour lui, l’IA permettra de belles innovations.
Abordons à présent le monde de l’art. Nicolas Faubert est un danseur de hip-hop, un artiste plasticien et le directeur artistique de Heart Street. Depuis 2009, il s’est professionnalisé. Il donne des cours à des jeunes aveugles et également à des valides. Nicolas est investi dans de multiples collaborations en France et à l’international. Le poids de son histoire familiale et de son lourd handicap a forgé sa personnalité et son destin. Depuis petit, on lui répétait que « rien ne serait pour lui ». La ténacité et l’ambition lui ont permis de se transcender et de devenir un exemple pour ceux qui seraient attirés par cette discipline. Lorsqu’il parle de son art, on a la sensation de danser avec lui. Comme il aime à le dire : « Le corps, c’est la rythmique et le véhicule de notre âme. »
Chercheur en sciences et photographe non voyant, Cédric Poulain a inventé une technique qu’il a appelée la « noctographie ». Il travaille dans le noir profond et au moyen du toucher, il illumine des points qui forment des images. Il voit avec ses doigts. Lors de ses expositions, on ressent les émotions qu’il a voulu nous transmettre. La force et l’enthousiasme lui ont permis de créer un monde mouvant. Alors qu’il pensait la photographie terminée pour lui avec la perte de sa vue, Cédric n’a fait « qu’écouter ses rêves ».
Bientôt, nous irons à la rencontre de Béatrice, sage-femme, Judith, psychologue, Guilhem, pharmacien, ou encore Christopher, ancien ébéniste, Anna et Tatiana, collaboratrices en audiodescription, Grégoire, guide touristique, et ce n’est que le début !
Retrouvez tous les épisodes sur la chaîne YouTube de la fondation :
https://www.youtube.com/@ fondationvalentinhauy9935/videos.
