Isabelle Saurat, déléguée interministérielle à l’accessibilité :
Ma vision d’une société inclusive est celle où chacun trouve sa place quelle que soit sa situation. Créer une société non inclusive est, en réalité, très facile. En revanche, bâtir une société véritablement accueillante demande davantage d’efforts et nécessite un changement de mentalités, c’est en tout cas ce que j’observe depuis mon engagement dans le secteur du handicap.
Pour y parvenir, il est essentiel de former et de sensibiliser la population. Vivre ensemble, se côtoyer, évoluer dans des environnements où la diversité est présente apprennent à être plus inclusif. Cela dit, il ne faut pas oublier l’importance du cadre législatif. La loi, les règlements et des concepts comme la conception universelle jouent un rôle clé en garantissant à chacun un accès égal aux services, aménagements et équipements, dans le respect du principe fondamental des droits égaux pour tout citoyen. La mobilité est également un enjeu crucial : elle doit être accessible à tous pour permettre une véritable participation à la société. Et je crois fermement au pouvoir de l’intelligence collective pour faire avancer ces débats. Certes, des progrès sont réalisés, mais aujourd’hui, il faut accélérer le mouvement. J’espère que les Jeux olympiques et paralympiques seront un véritable levier pour cette évolution.
Adrien Taquet, ancien secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, ancien député et fondateur du fonds d’investissement Atypical :
Une société inclusive ? C’est justement une société où cette question ne se poserait même pas !
Pour atteindre une société inclusive, il faut adopter une approche de « design universel ». Cela signifie que dès la conception d’une solution, d’une loi ou d’une politique publique, la question de l’inclusion des personnes en situation de handicap doit être intégrée. D’ailleurs, il est dans l’intérêt de tous de le faire, car ce qui bénéficie aux personnes en situation de handicap profite souvent à l’ensemble de la société. Aujourd’hui, le secteur du handicap et de l’innovation connaît une véritable effervescence. De nombreux acteurs émergent, la filière se structure de plus en plus, et la question cruciale du financement est mieux prise en compte. Il est essentiel de soutenir financièrement les jeunes start-up et les entrepreneurs, mais aussi de leur apporter l’expertise nécessaire pour qu’ils puissent se développer et offrir des solutions adaptées aux millions de personnes en situation de handicap. Cependant, il y en a un peu marre de constater la lenteur des avancées. Il est fatigant de devoir constamment participer à des tables rondes pour rappeler à quel point ces enjeux sont cruciaux, tant pour les personnes concernées que pour le marché. Oui, il y a des opportunités d’investissement, et non, ce n’est pas un gros mot de le dire. On peut et on doit bien faire les choses, sans tarder.
