« Pour moi, ces Jeux Paralympiques ont rassemblé les personnes valides et celles en situation de handicap.
Ces Jeux, ce n’était pas seulement la compétition, chaque moment était une victoire, rien que de vivre l’événement était extraordinaire. Je craignais qu’il y ait moins de monde qu’aux Jeux olympiques comme lors des éditions précédentes. Mais l'élan incroyable des JO de Paris 2024 a aidé, les gens en voulaient encore. Peu à peu, une dynamique s'est créée, et tout le monde avait envie d'y être.
La qualité de la couverture médiatique m’a agréablement surpris. Elle n’a pas été faite à la légère, les journalistes avaient une vraie expertise, ils étaient bien documentés. Les para athlètes ont eu une grande visibilité, la même que les athlètes valides. Et il n’y a pas eu de généralisation du handicap, au contraire, on a mis en avant la diversité.
J'ai ressenti un réel changement de regard des gens. Pour la première fois, j’ai entendu des personnes s’intéresser au para-sport, non seulement avec un vrai intérêt mais aussi avec respect. Les gens se sont attachés à des histoires de vie et aujourd’hui ils connaissent des noms de para athlètes qu’ils considèrent comme des sportifs à part entière. Et ils se posent des questions, ils cherchent vraiment à comprendre. Se questionner est déjà un premier pas vers l’autre.
Oui, les Jeux ont contribué à bouger les lignes, mais il ne faut pas se leurrer, le changement des mentalités et de la société ne se fera pas du jour au lendemain. Il y a encore beaucoup à faire, et cela concerne bien plus que le sport, notamment dans les domaines de la scolarité, de l’emploi, de la mobilité. Il y a un vrai travail à mener et cela demande des investissements pour que l’inclusion ne soit pas qu’un concept théorique mais une réalité.
Ce qui m'a marqué, c’est l’engagement des para-athlètes. Ce sont les personnes concernées qui sont les mieux placées pour faire évoluer les choses parce qu'elles vivent cette réalité au quotidien. On a reconnu l’expertise de figures emblématiques comme Michaël Jérémiasz par exemple qui se bat depuis plus de 20 ans pour l’inclusion ders personnes en situation de handicap.
Il faut aussi s'engager et agir au niveau citoyen. Il y a des places à prendre, y compris en politique.
On ne peut pas critiquer sans agir. Si on a des idées, il faut les proposer, et les choses suivront. Ces Jeux ont permis une rencontre entre deux mondes mais en vrai je n’aime pas dire cela parce que cela me heurte qu’on parle encore du "monde du handicap". Il ne peut pas y avoir deux mondes ! Celui des valides d’un côté et celui des personnes en situation de handicap de l’autre. Nous sommes dans un seul monde, le nôtre où chacun devrait trouver sa place avec ses différences, ses talents, ses rêves. C’est une question de justice, de dignité, de droits mais avant tout de bon sens. Chacun a quelque chose à apporter à la société. Il faut oser se rencontrer, construire ensemble.
Mais est-ce qu’on va vraiment intégrer le handicap dans la vie de tous les jours, dans le droit commun ? Comment faire en sorte que l’inclusion soit pérenne ? Et est ce qu’on a vraiment envie de s’en donner la peine ? Je me pose encore plus la question aujourd’hui alors qu’aucun ministre délégué en charge du handicap n’a été nommé dans le nouveau gouvernement ! Un ministère sans délégation au handicap sera-t-il au rendez-vous de l’inclusion tant attendue ? Les problématiques spécifiques seront-elles intégrées, enfin, à tous les étages de la société ? Nous avons encore du chemin à faire et le faire ensemble est définitivement la seule réponse possible.
Pour finir, j’invite chacun à regarder le documentaire À corps perdus, disponible sur la plateforme de France TV. Quelle puissance ! Il montre tout : comment le sport a permis à des para athlètes de redevenir des personnes à part entière, au-delà de leur handicap. Il montre comment ils vivent et se surpassent au quotidien grâce à des outils techniques et des stratégies de compensations. Et il montre surtout le soutien humain et rappelle à quel point l’entraide est essentielle ce qu’on a peu à peu oublié dans nos sociétés de plus en plus individualistes. »
