Recherche de médicaments pour traiter la rétinite pigmentaire.

Rapport intermédiaire du Dr Sacha Reichman sur le projet de recherche mené à l’Institut de la Vision à Paris, avec le soutien de la Fondation Valentin Haüy et sa fondation abritée Retina.

Ce projet novateur vise à modéliser la rétinite pigmentaire, une maladie héréditaire touchant la rétine, en créant des mini-rétines humaines à partir de cellules souches de patients. En déclenchant la dégénérescence de façon contrôlée, l’équipe peut étudier précisément les mécanismes de la maladie. Cette approche permet à la fois de tester rapidement des milliers de molécules thérapeutiques potentiellement efficaces, tout en limitant le recours aux modèles animaux.

Chez l’être humain, les capacités naturelles de régénération du système nerveux sont très limitées. La rétine, partie sensible de l’œil responsable de la vision, ne fait pas exception. Ainsi, lorsqu’elle est endommagée, notamment à cause de maladies génétiques appelées dystrophies rétiniennes héréditaires (ou IRD en anglais), les pertes de vision sont permanentes. Parmi ces maladies, la plus fréquente est la rétinite pigmentaire (RP), qui affecte environ 1 personne sur 4000 dans le monde, soit plus d’1,5 million de cas. Cette maladie est causée par la mort progressive des photorécepteurs — d’abord les bâtonnets, responsables de la vision dans la pénombre, puis les cônes, responsables de la vision de jour et des couleurs.

L’un des grands défis de notre époque est de trouver des traitements efficaces pour lutter contre les IRD. Jusqu’à aujourd’hui, les recherches scientifiques utilisent surtout des modèles animaux, comme les souris, pour le développement de médicaments. Mais les différences entre l’homme et l’animal font que beaucoup de traitements efficaces chez la souris, par exemple, échouent chez l’homme. À présent, grâce aux cellules Souches Pluripotentes induites (nommées cellules iPS) obtenues à partir de la peau de patients, il est possible de produire des mini-rétines (organoïdes rétiniens) comme modèles humains pour mimer les maladies. Nous produisons également de grandes quantités de photorécepteurs génétiquement modifiés dans lesquels nous pouvons déclencher la mort cellulaire quand nous le désirons. Ainsi, de manière maitrisée nous pouvons induire la dégénérescence dans les cellules pour les synchroniser et accélérer le développement de la pathologie. Ceci nous permet d’optimiser et d’automatiser la recherche de médicaments pour le test de plusieurs milliers de molécules à potentiel thérapeutique en même temps. Une fois qu’une molécule candidate sera identifiée nous la testerons sur les organoïdes de rétines dérivées de patients pour valider l’efficacité du nouveau traitement dans un contexte cellulaire humain plus physiologique et complexe.

À ce jour, nous avons réussi à :
- mimer la dégénérescence des photorécepteurs dans les mini-rétines issues de patients avec une RP causée par une mutation sur le gène RHO,
- analyser des organoïdes malades et choisir plus de 3000 molécules qui pourraient jouer sur des aspects cellulaires spécifiques que nous avons observés,
- créer les cellules génétiquement modifiées et produire des millions de photorécepteurs (grâce à une méthode de culture innovante publiée en 2023 dont le développent a été soutenu par la Fondation Valentin Haüy et sa fondation abritée Retina).

Actuellement, nous développons le test et son automatisation. Nous espérons tester en 2025 la librairie moléculaire que nous possédons dans notre groupe de recherche à l’Institut de la Vision, et sélectionner une/des molécule(s) à potentiel thérapeutique. Dans ce contexte, les candidats pourraient être validés sur les modèles d’organoïdes rétiniens humains dégénérant pour le début 2026.

Les résultats du projet seront diffusés à la fois dans des revues scientifiques et via des canaux accessibles au grand public. Les patients bénéficieront ainsi des avancées à travers une meilleure compréhension de leur maladie et, nous l’espérons, grâce à de nouveaux traitements pharmacologiques.