Le handicap ne doit plus être un obstacle pour pratiquer.

À l’orée des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, nous avons interviewé Jean Minier, directeur des sports à France paralympique, sur l’évolution et les bénéfices du parasport.

Le Comité paralympique et sportif français (France paralympique), tête de réseaux du sport pour les personnes handicapées en France, compte 42 fédérations membres. Elle représente le mouvement sportif paralympique en France et à l’étranger. Sa mission est d’accompagner les fédérations dans la prise en compte des publics en situation de handicap dans leurs activités.

Q1 : Quelle est l’évolution du parasport dans le monde et en France, et en particulier pour les athlètes déficients visuels ?

J.M : Le début des années 2000 est marqué par un grand virage vers la performance sportive, avec une augmentation générale du niveau des participants et du nombre de pays impliqués. Ceci sous l’impulsion de la Chine qui préparait ses Jeux et qui aujourd’hui domine largement le monde paralympique : elle récolte 20 % des médailles d’or. Les athlètes déficients visuels ont également bénéficié de cette évolution. Quelques pays, comme le Brésil, l’Espagne, ont mis plus de moyens pour les sportifs déficients visuels. Il y a 30 ans, une personne en situation de handicap ne pouvait faire que des sports de compétition.
Aujourd’hui l’offre s’est diversifiée et structurée, notamment pour les sports de loisirs, devenus plus accessibles et plus attractifs. En fait, la majorité des sports sont adaptables à partir du moment où on y met les moyens et a les technologies et les équipements adaptés. Les sports qui attirent le plus les déficients visuels restent la course guidée et la natation. Après, il y a des sports comme les sports de glisse ou le tandem qui offrent une nouvelle sensation de vitesse sans aucun risque, très intéressante pour la personne déficiente visuelle qui n’a pas l’occasion dans son quotidien de vivre à ces rythmes-là.

Q2 : Quel est le grand défi aujourd’hui ?

J.M : La communication et l’accès !
C’est pourquoi nous travaillons actuellement à former 1 000 clubs sur un dispositif inclusif. Toutes les fédérations sont sur cette dynamique. L’accès au sport ne se limite pas qu’à l’accueil dans un club. Il faut prendre en compte l’accès à l’information, au transport, aux infrastructures, au matériel sportif et également la formation de l’encadrement. Il s’agit de toute une chaîne d’actions. C’est un défi de taille. Cela nécessite un investissement important de la part du club ou de la collectivité. Les pays qui aujourd’hui sont le plus en avance dans l’accès à la pratique sportive des personnes handicapées sont les pays qui misent sur le « face to face ». Le fait de rencontrer une personne qui va balayer toutes les questions permet d’aplanir la route avec beaucoup plus de chance de succès. En France, cela reste encore très compliqué de trouver quelqu’un qui va vous tendre la main, et vous accompagner vers et jusque-là pratique.

Q3 : Comment encourager une personne déficiente visuelle à pratiquer un sport ?

J.M : Déjà, comme pour n’importe quelle personne, il y a tous les bénéfices directs sur la santé de la pratique régulière du sport et la lutte contre la sédentarité et ses effets négatifs. Et en plus, la pratique sportive va permettre aux personnes déficientes visuelles de gagner en autonomie, parce qu’elle oblige à sortir de son isolement pour rencontrer d’autres personnes qui ont les mêmes difficultés visuelles, avec qui elles vont partager un certain nombre d’informations très importantes sur les aides possibles, la vie physique, y compris la vie affective, comment trouver des amis… ce sont des informations qui s’échangent entre pairs. La pratique sportive joue un rôle très utile dans les relations sociales, dans la vie professionnelle, d’étudiant…

Q4 : Pouvez-vous nous parler du partenariat avec la Fondation Valentin Haüy ?

J.M : Ce nouveau partenariat est de deux ordres. D’une part, la fondation va nous aider à faire connaître le programme « La Relève » auprès des personnes avec lesquelles elle est en contact. Si certaines d’entre elles ont envie de faire de la compétition alors elles pourront passer par ce programme pour être mises en lien avec les fédérations, orientées et accompagnées vers le sport. Et d’autre part, la fondation va nous accompagner sur de la sensibilisation et de la formation vraiment concrète sur l’accessibilité numérique des documents et des réseaux sociaux auprès de tous les communicants des fédérations afin que l’information parvienne non seulement au public ciblé, mais qu’elle parvienne de façon intelligible.