La Fondation Valentin Haüy œuvre depuis maintenant dix ans à l’autonomie des personnes déficientes visuelles. Créée par l’association éponyme en 2012, elle complète la mission de cette dernière, davantage opératrice de services de proximité, tandis que la fondation s’est, elle, tournée vers le monde de l’innovation au service du handicap. Ainsi, elle entend capitaliser sur l’expérience retirée de ses premiers projets tech pour les démultiplier. Aujourd’hui, elle invite à sa table des start-up partenaires, des mécènes et des experts institutionnels pour répondre à l’enjeu de l’accessibilité numérique. Collectif est sans aucun doute le maître mot de son futur !
Gérard Colliot, président de 2012 à 2014, puis de 2016 à 2018.
« À l’origine de la création de la fondation, un constat et un défi. Face à l’augmentation de la déficience visuelle, une œuvre commune Valentin Haüy nous semblait plus forte pour accélérer notre contribution à l’autonomie des personnes déficientes visuelles. »
Quelles ont été les raisons majeures de la création de la fondation ?
Face au constat de l’augmentation de la déficience visuelle de plus en plus répandue en raison de l’accroissement de l’espérance de vie, il nous semblait urgent d’ouvrir « Valentin Haüy » à d’autres projets. Le défi de la fondation était donc d’aider à l’autonomie des personnes atteintes de cécité ou de malvoyance handicapante au travers d’acteurs partenaires, avec l’association prioritairement, mais aussi en intégrant d’autres acteurs de ce secteur ; en particulier les organismes innovant dans ce domaine et utilisant les nouvelles technologies numériques.
Comment avez-vous pensé la relation avec sa fondatrice ?
Pour un démarrage harmonieux, nous avons rétabli un protocole d’accord entre les deux parties garantissant simultanément l’indépendance de la fondation et la participation des membres du bureau de la fondation. Ainsi, la présidence de la fondation a été confiée au président de l’association, et des membres de son bureau – en particulier les personnes DV – ont été nommés au collège des fondateurs du CA de la fondation. Notre objectif était d’installer une relation au long cours constructive.
Quels premiers succès avez-vous enregistrés ?
Une première fondation abritée d’origine familiale a très vite été créée, la fondation Brouder, pour financer la formation de chiens guides d’aveugles, la recherche médicale, ou des projets concourant à l’insertion. Une association du secteur, l’APAM, a pu être préservée, en se transformant en fondation abritée APAM. Enfin, gros succès avec la création de la Fondation Retina, qui a permis de financer des programmes de recherche médicale sur la cécité et la malvoyance. Toutes ces structures ont compris l’intérêt de s’appuyer sur l’expertise de la fondation pour se développer.
Selon vous, quels sont les atouts de la fondation qui expliquent ses premières réussites ?
Très clairement, le point commun des résultats est le bon relationnel entre les personnes. La création de la Fondation Valentin Haüy a été une expérience humaine passionnante. Quand on croit à un projet, il faut déployer les efforts nécessaires pour que tous les interlocuteurs soient convaincus et s’approprient le projet comme le leur. Cela a pris des mois, beaucoup de discussions, et peu à peu les obstacles ont été levés. Je rends hommage à tous ceux qui y ont contribué, avec ténacité, diplomatie et sens de l’innovation. Faire bouger le monde associatif est une gageure, car « on n’est pas dans une entreprise, ici », m’a-t-on dit souvent. Plusieurs exemples : le relationnel étroit et authentique avec Madame Brouder, personne d’une grande générosité ; le grand sens de la coopération avec le professeur Philippe Thibault, alors président de l’APAM, au point qu’une partie de son immeuble rue Jacquier a été mise à disposition du Comité régional de l’association Valentin Haüy ; et la conviction d’Éric Moser, président de la Fondation Retina, de coopérer étroitement entre acteurs du secteur du handicap visuel.
Quel serait votre bilan de vos années de présidence ?
La création de la fondation va bien au-delà d’une œuvre financière, contrairement à ce que certains, voyants ou malvoyants, pourraient penser, lorgnant (jeu de mots facile !) sur les ressources financières. C’est avant tout une œuvre sociale, aux multiples projets, au service des personnes qui souffrent de cécité ou de malvoyance, pour que celles-ci trouvent un chemin d’autonomie et de plein épanouissement dans leur vie. J’accorde ma confiance aux dirigeants actuels pour continuer sur cette voie et je souhaite longue vie à la Fondation Valentin Haüy.
Olivier Douin, directeur général 2012 à 2014, puis président de 2018 à 2019.
« Depuis dix ans, la fondation a mené une action basée exactement sur les raisons de sa création : gestion financière et simultanément soutien à l’association. Aujourd’hui, la fondation doit pouvoir regarder vers le futur et faire des investissements qui soient à plus long terme. »
En quelle année et dans quel contexte avez-vous pris la direction de la fondation ?
J’ai pris la direction générale de la fondation en décembre 2012, lors du premier conseil constitutif qui eut lieu le 6 décembre 2012. J’ai été nommé directeur général ce jour-là. Quelles étaient votre feuille de route et vos ambitions pour la fondation ? La fondation a été créée dans une logique très précise qui était de mettre le patrimoine de l’association Valentin Haüy à l’abri. La gouvernance de l’association est plutôt tournée vers l’action de terrain, c’est-à-dire une action qui, au quotidien, s’occupe du bien-être des déficients visuels, alors que la gouvernance de la fondation avait pour mission première de gérer, dans une logique plus financière, la pérennité de ce patrimoine, c’est-à-dire de le maintenir à une valeur qui dépasse l’inflation, et, deuxièmement, de créer des revenus susceptibles de venir prioritairement abonder aux actions de l’association. Enfin de lancer des actions spécifiques à la fondation.
Quelles ont été vos motivations pour prendre la direction générale ?
C’est d’abord un certain intérêt pour la cause, puisque j’avais commencé dès 2010 à travailler à l’association, dans une logique de bénévolat au titre de la cause pour les déficients visuels. Et deuxièmement, je souhaitais apporter une compétence financière, du fait de ma carrière bancaire, de façon à pouvoir gérer ce patrimoine. Ceci, d’une part pour maintenir la valeur, et d’autre part pour en faire ressortir le maximum de revenus afin de financer la cause des aveugles au sens large, et celle de la fondation en particulier.
Quelle est votre relation avec le handicap ?
Je n’ai pas de relation particulière avec le handicap visuel. Il s’avère que j’ai été approché par une amie qui était à l’époque au bureau de l’association. Elle m’a fait venir en faisant ressortir la noblesse de cette cause. Une cause qui m’a intéressé de plus en plus.
Vous qui êtes toujours impliqué, quelle vision et quelles convictions avez-vous pour le futur de la fondation ?
Depuis dix ans, la fondation a mené une action basée exactement sur les raisons de sa création : gestion financière de cette fondation, et simultanément financement des actions de l’association Valentin Haüy. Ce qu’elle a fait de façon relativement importante puisqu’environ quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-dix pour cent des revenus de la fondation ont été mis au service de l’association. Aujourd’hui, la fondation doit pouvoir regarder vers le futur et faire des investissements qui soient à plus long terme.
La Fondation Valentin Haüy est désignée dans ses statuts « fondation abritante ». Ainsi, elle accueille trois fondations abritées qui bénéficient de notre personnalité juridique et morale, et de ses expertises : APAM pour concourir à l’autonomie, Retina et Stargardt qui soutiennent des programmes de recherche médicale de pointe. En couvrant des champs d’action complémentaires, ces fondations participent ainsi à l’accomplissement de notre mission envers les personnes déficientes visuelles.
Christian d’Aboville, directeur général depuis 2014.
« Notre objectif : mettre en place des pistes d’amélioration de la vie des déficients visuels. Notre incubateur Access’Lab, les start-up partenaires et les mécènes nous y aident : ces forces convergentes sont formidables. »
Quelle est votre relation avec le handicap visuel ?
J’ai découvert le handicap visuel quand je suis arrivé à la fondation. Je n’avais aucun historique dans ma famille ou dans mon entourage. Tout de suite, j’ai rencontré des gens étonnants qui ont aidé mon acculturation au sujet.
Quelles ont été vos motivations pour prendre cette fonction ?
Mes motivations étaient de deux ordres. D’une part, après une longue carrière professionnelle où j’avais travaillé pour moi, je voulais faire quelque chose pour les autres en tant que bénévole. Par ailleurs, je suis convaincu qu’il faut avoir une activité sociale quand on part à la retraite ; continuer à voir des gens, s’occuper à faire quelque chose de concret.
Quelles sont vos ambitions pour la fondation ?
Mon ambition est de réaliser ce qu’on me demande de faire. D’une part de gérer le patrimoine qui a été donné à la fondation, de le gérer le mieux possible en conservant sa valeur, de dégager le maximum de revenus pour l’association et pour les autres. L’autre objectif est d’arriver à mettre en place des pistes d’amélioration de la vie des déficients visuels. Access’Lab, les start-up partenaires et les mécènes nous y aident : ces forces convergentes sont formidables.
Quelles réalisations probantes souhaitez-vous valoriser ?
Ce qui est probant aujourd’hui, c’est l’activité de notre incubateur Access’Lab : access’ lab mobility, qui est une solution unique d’aide au déplacement et le Localisateur, pour accéder à du contenu en ligne sans difficulté, entre autres. Tous ces projets sur lesquels nous investissons en soutien financier et en expertise ont pour finalité d’améliorer la vie des personnes en situation de handicap visuel, de les faire gagner en confiance, en autonomie.
La fondation a 10 ans aujourd’hui. Quelle est votre vision de son futur ?
La fondation doit continuer telle qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire qu’elle doit être force de proposition auprès des start-up, auprès des entreprises, en les aidant à concourir à l’inclusion des personnes déficientes visuelles. C’est notre moteur principal. Le soutien à l’association Valentin Haüy est une obligation et une nécessité. Il faut qu’on le maintienne. Cependant, nous nous sommes donné une stratégie de développement fondée sur l’innovation, les aides numériques, la tech au sens large. Nous devons cultiver cet ADN, car il est plus que prometteur pour nos bénéficiaires.
Bernard Dubois, président depuis 2020.
« Je souhaite que la fondation devienne une référence quand il s’agit de développer des projets pour améliorer l’emploi et la mise à disposition de technologies numériques aux personnes déficientes visuelles. Nous avons la chance d’être entourés de parrains qui y contribuent. »
Quelles ont été vos motivations pour prendre la présidence ?
Mon prédécesseur m’a proposé de prendre la relève lorsque je ne m’y attendais pas. Il était sur le point de partir et songeait à moi pour continuer le travail. J’ai fait le tour des administrateurs, qui étaient tous d’accord. Un grand sentiment d’utilité m’animait. Il y a aussi la cause de la malvoyance qui me touchait, non pas personnellement, mais à laquelle j’étais vraiment très sensible.
Quelles sont les ambitions de votre mandat ?
J’arrivais à un moment où la fondation avait déjà mis en place une stratégie. On avait choisi de s’intéresser à des domaines qui sont voisins et qui ne couvraient pas ce que faisait l’association. Il était question de mettre l’accent sur l’emploi et sur les technologies numériques de pointe. Mon premier objectif était donc de mettre en œuvre cette stratégie en poussant le conseil d’administration de la fondation à l’adopter. Le second était de mieux structurer les relations entre la fondation et l’association pour les fluidifier. J’y travaille toujours.
Quelles réalisations probantes souhaitez-vous valoriser ?
Il y en a deux. La première, c’est l’incubateur. Access’Lab est lancé, Access’Lab fonctionne et Access’Lab a trouvé des projets qui sont porteurs d’avenir. Tout ce qui tourne autour d’access’lab mobility me paraît être un succès d’Access’Lab à transformer. Le second concerne les parrains. Nous avons l’ambition de les développer : d’une dizaine de membres, nous sommes passés à une trentaine. Il y a également cette volonté forte d’impliquer les parrains dans la vie de la fondation. D’abord, ils peuvent être des ambassadeurs, promouvoir ce que fait la fondation ; ensuite, ils peuvent nous aider dans la réalisation de nos objectifs grâce à leurs contacts, leurs expertises.
Que souhaitez-vous pour le futur de la fondation ?
Le premier objectif est de renforcer autant que possible notre patrimoine, de le faire fructifier pour que ses revenus bénéficient toujours plus aux aveugles et aux malvoyants, prioritairement via les activités de l’association. Personnellement, mon ambition est d’aider l’association soit à aller plus vite dans son développement, soit à créer de nouvelles activités pour assurer l’équilibre de son budget. Deuxièmement, la fondation a choisi un prisme précis avec Access’Lab : l’emploi et le numérique. Nous devons nous concentrer sur cette activité. Je souhaite que la fondation devienne une référence en la matière quand il s’agit de développer des projets pour améliorer l’emploi et la mise à disposition de technologies numériques modernes aux personnes déficientes visuelles. Marginalement, nous accompagnons des athlètes de haut niveau déficients visuels, la recherche médicale. Mais contribuer à l’emploi est une priorité.
