Dans un peu moins d’un an, la France accueillera les Jeux olympiques et paralympiques sur son territoire. Le parasport sera particulièrement mis en lumière lors de cette édition 2024, mais derrière les podiums, quelle réalité pour le quotidien des déficients visuels ? Comment et pour quels bénéfices faire du sport lorsque l’on est aveugle ou malvoyant ? Zoom sur les bienfaits du sport et les défis à relever pour développer la pratique sportive.
Et quel rôle joue le paralympisme pour continuer à faire évoluer les mentalités ?
Réduction du stress, amélioration du sommeil, lutte contre le surpoids, sécrétion d’endorphines, meilleur fonctionnement du cœur… le sport a de très nombreux impacts positifs sur notre santé physique, mentale et morale. Pratiquer une activité sportive régulière joue notamment un rôle capital en matière d’estime de soi.
En prenant conscience de ses capacités et en développant progressivement de nouvelles aptitudes, le sportif renforce en effet sa force mentale, ose davantage prendre des risques et gagne en assurance.
Quand le sport donne des ailes.
Pour Alban Tessier, qui a entrepris en 2015 la traversée à pied du salar d’Uyuni en Bolivie, seul et en toute autonomie, « le sport est un moteur fantastique, qui permet de mieux connaître son corps, de se dépasser et de repousser sans cesse ses propres limites ». Alban, atteint d’une rétinite pigmentaire depuis l’âge de 16 ans, a toujours pratiqué une activité sportive – le vélo (sur piste, sur route, en VTT, puis en tandem route et VTT), la marche de randonnée, la marche athlétique, le roller, ou encore l’escalade. Pour lui, le sport est une manière de sortir de sa zone « d’inconfort » et de se prouver que rien, ou presque, n’est impossible : « Par le biais du sport, j’ai compris qu’un déficient visuel peut finalement accomplir beaucoup de choses, à la fois dans la sphère sportive et dans la vie quotidienne. En mettant en place souvent de petites choses – de nouveaux gestes, de nouvelles solutions techniques – on peut aller très loin, et cette certitude donne des ailes », affirme le sportif, aujourd’hui président de l’association À perte de vue.
L’important n’est pas de gagner… mais de faire des rencontres !
Précieuse source de confiance en soi, le sport est également un puissant levier de lien social et d’inclusion. Toutes les disciplines, qu’elles soient collectives ou non, favorisent en effet les échanges, les rencontres et le sentiment d’appartenir à une communauté. Pour les déficients visuels, pratiquer une activité sportive représente une opportunité d’entrer en contact avec d’autres déficients visuels et de partager ainsi leurs expériences, leurs difficultés et leurs réussites. « Échanger avec ses pairs est essentiel à plusieurs niveaux : pour se sentir compris, relativiser sa situation, bénéficier de conseils ou être tiré par le haut par des personnalités inspirantes », souligne Alban Tessier. Mais le sport, lorsqu’il est pratiqué en mixité, est aussi l’occasion de nouer des liens avec des personnes voyantes valides et d’encourager ainsi l’intégration des personnes déficientes visuelles en situation de handicap. Pour Jean Minier, directeur des sports au sein du Comité paralympique et sportif français : « Les sports pratiqués en binôme, en tandem ou en équipe, permettent aux voyants et non-voyants de tisser des liens durables et de partager des émotions et des expériences communes. »
Développer le parasport : par où commencer ?
Si un chemin important a indéniablement été parcouru ces deux dernières décennies, l’accès à la pratique sportive reste complexe pour les personnes en situation de handicap, qui sont aujourd’hui 48 % à ne pas pratiquer d’activité physique et sportive, contre 34 % de la population général[1]. En cause ? Principalement le manque d’offre sportive adaptée. En 2019, sur les 160 839 clubs sportifs en France, seuls 8 734 se considéraient comme handi-accueillants[2]. Face à ce constat, France Paralympique a décidé de former plus de 3 000 clubs d’ici 2024, à travers le programme « Club inclusif » qui permet de sensibiliser les clubs ordinaires, non spécialisés, à l’accueil de personnes en situation de handicap. Autre défi à relever : celui de la communication autour de l’offre de pratique sportive existante. « De nombreux déficients visuels n’ont pas accès à une information suffisamment claire sur les possibilités de pratique parasportive locale. Aujourd’hui, des initiatives existent, mais trouver un club peut relever du parcours du combattant[3] », regrette Karine Moisan, directrice du développement, Fundraising et valorisation. Pour Jean Minier, il est donc primordial de « mieux répertorier les clubs menant des initiatives pour accueillir les personnes en situation de handicap ». Un besoin auquel la Fondation Valentin Haüy souhaite répondre en explorant, dès septembre 2023, la faisabilité d’un service en ligne référençant et géolocalisant les activités sportives adaptées ainsi que les clubs dits « handi-friendly ».
Soutenir les grands athlètes pour faire évoluer les mentalités.
La Fondation Valentin Haüy a nouvellement créé un pôle sport dont l’objectif est de soutenir des sportifs déficients visuels de haut niveau, de les valoriser et de les présenter comme des figures de référence, constituant des exemples pour les personnes déficientes visuelles. Quatre athlètes ont déjà été identifiés (voir encadré). En parallèle, dans le cadre d’un partenariat récemment signé avec le Comité paralympique et sportif français (CPSF), la Fondation s’engage à contribuer au programme La Relève, lancé par le CPSF pour détecter les athlètes à fort potentiel dans un ou plusieurs sports paralympiques. L’objectif de cette contribution ? « S’adosser à un projet ambitieux et bien pensé pour recruter les générations de futurs sportifs de haut niveau, et faire grandir la communauté française des déficients visuels médaillables et médaillés », explique Karine Moisan. Pour Christian d’Aboville, directeur de la Fondation Valentin Haüy, ces différents engagements sont essentiels, car « soutenir le parasport de haut niveau, c’est contribuer plus largement à changer les mentalités ». En incarnant des modèles de réussite, ces champions démontrent en effet aux personnes atteintes de déficience visuelle que handicap et performance sont compatibles et que le champ des possibles est large. Alban Tessier le reconnaît volontiers : l’influence de grands sportifs, comme Philippe Croizon, Florian Chapeau ou Damien Seguin, a été décisive dans son parcours. « En voyant ce que ces champions étaient capables de faire, j’ai eu envie de quitter mon canapé et de faire comme eux » raconte-t-il. Le parasport de haut niveau, grâce à la médiatisation dont il fait l’objet, permet également de changer le regard porté par la société sur le handicap. Les grands événements sportifs mondiaux comme les Jeux paralympiques sont une occasion unique pour le grand public de découvrir le parcours de para-athlètes, d’écouter leurs témoignages, de s’attacher à eux. Les Jeux de Paris 2024, au-delà du spectacle, auront donc un rôle décisif, et espérons-le, durable : celui de renforcer la visibilité et l’inclusion de la déficience visuelle (compréhension des réalités du handicap visuel, découverte de sa force de vie incroyable…).
Dans les starting-blocks ! Quatre sportifs soutenus par la Fondation Valentin Haüy :
- Delya Boulaghlem, athlète de l’équipe de France de para-athlétisme en T11, a décroché le titre de vice-championne d’Europe sur 200 mètres en 2021, une médaille de bronze sur 100 mètres au championnat d’Europe World Para Athletics 2021, et se classe 4e Européenne en saut en longueur.
- Pierrot Gagliano est un surfeur de haut niveau. À seulement 22 ans, ce jeune sportif est double champion de France, champion de France open, vice-champion du monde en équipe et médaillé d’or au Pro Zarautz (Pays basque).
- Alex Portal est un nageur qui s’est imposé parmi les meilleurs. Rentré des Jeux paralympiques d’été de 2020 avec deux médailles – l’argent et le bronze – il devient champion du monde en 2023 aux mondiaux de Manchester.
- Thibaut Rigaudeau, paratriathlète, a été sélectionné en équipe de France en 2019 pour les championnats d’Europe à Valence où il s’est classé 8e. En 2021, il participe à ses premiers Jeux paralympiques à Tokyo avec son guide, Cyril Viennot.
Repères. La montée en puissance du parasport[4] de compétition.
En France, la popularité du parasport de haut niveau ne cesse de croître depuis une vingtaine d’années. Sous l’impulsion notamment de la Chine – qui représente environ 20 % des médailles d’or paralympiques – le niveau de performance au niveau mondial s’est très nettement amélioré. « Nous assistons à une évolution extraordinaire. À l’échelle d’un athlète, les choses ne vont bien sûr jamais assez vite, mais notre société a déjà fait d’énormes progrès – et il faut le saluer – même si nous accusons toujours du retard par rapport à d’autres pays comme la Norvège ou le Canada », analyse Jean Minier. Le parasport visuel n’est bien sûr pas resté en marge de ces évolutions. Les athlètes déficients visuels ont même constitué la catégorie la plus représentée lors des derniers championnats d’athlétisme de Paris. Aujourd’hui, les athlètes français déficients visuels sont présents dans de nombreuses disciplines (le football, l’athlétisme, le triathlon, la natation, l’aviron, le judo, le cyclisme, l’équitation) et y obtiennent de très bons résultats au niveau national, européen et mondial. Une dynamique positive qui devrait encore s’accélérer à l’occasion des Jeux paralympiques de Paris 2024.
[1] Stratégie nationale Sport et handicaps.
[2] HandiGuide 2019
[3] Laboratoire ORME/Paris 2024, enquête établissant un état des lieux des freins et leviers à la pratique sportive des personnes en situation de handicap, octobre 2021
[4] « Parasport » est un mot nouveau dans notre langue à tel point que les dictionnaires Larousse et Robert ne le connaissent pas. En français, on utilise historiquement deux termes : le handisport pour la pratique sportive des personnes handicapées physiques ou sensorielles, et le sport adapté pour le handicap mental ou psychique. Aujourd’hui, cette acception est utilisée pour désigner tous les sports pratiqués par les personnes en situation de handicap que ce soit en loisir ou en compétition.
